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M Aouragh

Aujourd'hui dans le journal marocain libération rubrique culture, un hommage à Moha, rendu par Monsieur Mohamed Lmoubariki | 03/01/2020.

Le dernier cri de Mohamed Aouragh


Le dernier cri de Mohamed Aouragh

L'automne ne fait pas que dénuder les arbres, choir les feuilles et préparer les hommes au froid glacial de l'hiver. Il embarque, aussi, des âmes généreuses, des personnes sensibles capables de faire vibrer les mots et enrichir les rimes pour exprimer leurs joies, leurs douleurs, leurs aspirations ainsi que celles de leurs semblables.
Et c'est au début de la soirée automnale du 2 novembre 2019 que le fin poète Mohamed Aouragh a rendu son dernier souffle. Il nous a quittés trop vite, trop tôt pour rejoindre le cercle des poètes disparus.
Pour ceux qui ne le connaissent pas, Mohamed Aouragh est né en 1957 au sein d'une famille originaire du village Douirat Asbaâ, un minuscule point vert du Maroc oriental.
Né d'un père couturier, il a vécu dans une famille modeste mais d'une générosité sans égale comme c’est le cas dans tout le Maroc authentique. Il a eu, aussi, la chance de grandir à Midelt, une ville au pied du mont El-Ayyachi, connue pour son esprit d'ouverture et sa tolérance y compris religieuse. Son âme de poète en foisonnement et son amour des mots ont attiré l'attention d'un de ses professeurs qui le poussa à aiguiser sa maîtrise de la langue française en s'imprégnant, entre autres, des œuvres de Lamartine. Il lui proposa, également, d'être le lecteur/correcteur de ses premières esquisses poétiques.
Sa passion pour la langue française et son contact avec les touristes  qui arpentaient la région ont fini par le convaincre de s’expatrier en 1984 pour s’installer à Chambéry en Savoie (France) où il épousa Odile. Ils devinrent les parents de deux garçons, Kevin et Mehdi.
Si ce voyage vers le nord est, semble-t-il, le fruit du hasard des rencontres de Mohamed Aouragh, il reste, néanmoins, frappé du sceau de la volonté du destin. Oui, c’est dans cette partie de la Savoie française qu’il entendit parler de son ancien professeur, qui fut aussi le mien au lycée Hassan II à Midelt. Les retrouvailles avec monsieur Serge Chappuis ont attisé son désir d’écrire. Ainsi  après un voyage au pays natal en 1989, il reprit sa plume pour composer son magnifique recueil de poèmes «Cris du Maroc» (publié en 2015 par Gap édition).
De cimes en cimes, du mont El-Ayyachi aux hauteurs de la Savoie, il a continué à faire vibrer ces mots, à pousser ces cris pour devenir un authentique poète. Son œuvre est un bouquet de cartes postales joyeuses et tristes, romantiques et engagées.
Il est évidemment subjectif de choisir des passages de son recueil. Chaque lecteur aura son ou ses poèmes préférés. Personnellement, j’ai succombé pour son texte intitulé « Tagouraste », du nom d’un petit village à côté de Midelt. Mais quel que soit le choix du lecteur, ce qui est incontestable, c’est que ces «Cris du Maroc» continueront à résonner dans les vallées de la Savoie et du Grand Atlas. Ils exprimeront à jamais et avec justesse les souffrances et les attentes des populations oubliées ou marginalisées, les révoltes contre les injustices sociales, les manquements politiques et les inégalités économiques.
Mohamed Aouragh dont le nom signifie, à mon sens, l’homme au visage lumineux, ensoleillé, est un exemple parfait de ces roseaux du Maroc inutile qui parvinrent à pousser en dépit d’un contexte hostile et à s’élever, dans tous les sens du terme, pour manifester leur attachement à la vie, à la justice, à la démocratie, bref à un Maroc soucieux de tous ses citoyens. Sa disparition précoce est une grande perte pour la poésie, pour les populations abandonnées du Maroc profond et bien évidemment pour sa famille. Son inhumation eut lieu le 7 novembre 2019 au cimetière de Cognin au cœur de la montagne qu’il a tant aimée. Que notre cher poète repose en paix!
Pour conclure et en guise d’exemple à la délicatesse d’esprit de Mohamed Aouragh adossée à une plume poétique bien aiguisée, voici, ci-après, des passages de son sublime poème Tagouraste composé lors de l’été 1989;

TAGOURASTE
(...)
Sur la table basse décorée
Des amandes des noix dans une assiette
Un bol d’huile d’olive parfumée
Du beurre rance et deux galettes
Effluve du breuvage à la menthe…

Perché sur un meuble
Un vieux poste de radio
Poussiéreux volume à fond
Après l’émission en direct
De la prière du vendredi
L’orateur des infos
MIELLEUSEMENT
Voix nasillarde commente
Les festivités bedonnantes
Les discours et l’allégeance
Dans des salons d’abondance
Suivi du lancement de mille projets
Dans des villes et partout dans le pays
La plupart demeurant inachevés
Oligarchie et gabegie…

De l’autre côté
Des bleds délaissés
A leur sort et amères réalités
Exodes massifs ininterrompus
Vers des villes inhospitalières austères
Squattant des baraques rudimentaires
Nombreux enfants abandonnés
En guenille sillonnent les rues
A la merci de nombreux
Exploitants et prédateurs…

Des hordes de mendiants
De Chamkars et de vagabonds
Arpentent des gares malfamées
Vieillards et handicapés
Femmes avec bébés endormis
Mendicité supervisée organisée
Dans des Médinas et Souks bondés…

Des bidonvilles par milliers
Cernant des villes désordonnées
Face aux villas et palais huppés
Piscines et plages privées barricadées
Hôtels de mille et une nuits
Nababs et noceurs dorés
Extravagants au menu …

Des chômeurs trompés mal menés
Des diplômés humiliés matraqués
Manifestent inlassablement
Et dignement devant le Parlement
Qui est souvent théâtre de tiraillement
D’un ramassis d’incultes députés
Arrivistes fraudeurs et imposteurs …

Des jeunes désabusés
Regards désespérés
Les rêves des sans espoir
Entre les griffes des charognards
Coulés dans une mer noire
Impitoyable ogresse en colère …
(…..)
Rien ne ramènera la pluie
Ni les prières du vendredi
Ni les chants de Taghnnja
Ni les discours d’espoirs morts-nés …
(...)

 

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